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Environnement, Initiative

Espaces verts : stop aux pesticides !

Ajouté le 13 février 2012

Supprimer les pesticides, utiliser des méthodes biologiques, réduire la consommation d’eau, les espaces verts des villes sont en pleine mutation. De Strasbourg à Marseille, les initiatives fourmillent. La création de labels est là pour le prouver.

 

Quel flâneur urbain n’a pas observé des bordures de trottoirs ou zones pavées habitées par des plantes sauvages qu’il ne voyait pas auparavant ? Grève des agents municipaux, oubli, laisser-aller ? Pas du tout. Du rond-point au parc, les pratiques évoluent vers plus d’écologie urbaine et de gestion naturelle des espaces verts. C’est même un facteur d’émulation entre villes. Montpellier ou Nantes reçoivent des prix. Paris ou Bordeaux labellisent leurs parcs et jardins. Elles ne sont pas les seules et le principe devrait s’étendre car un nouveau label, EcoJardin®, arrive bientôt.

 

Paris plante le décor

“En 10 ans, l’espace vert regardé est devenu un support d’usage ouvert, cela implique des changements”, explique Nicolas Rialan, directeur de cabinet de Fabienne Giboudeaux, adjointe parisienne aux Espaces Verts. Au début des années 2000, la capitale s’est engagée vers des pratiques respectueuses de l’environnement. La réutilisation des déchets verts en paillis, le recours aux insectes auxiliaires ou la mise en place de pièges à ravageurs sont emblématiques. Le 15 novembre dernier, le conseil de Paris a adopté son plan “biodiversité”. L’abandon total de l’usage des produits phytosanitaires de synthèse y est un objectif affiché “pour 2020”. D’ailleurs, de nombreux acteurs s’engagent dans ce sens : Réseau Ferré de France (RFF), hôpitaux de Paris (AP-HP), bailleurs, État.

 

Certains espaces verts (ici sur un toit parisien) sont le moyen de sensibiliser et transmettre les bonnes pratiques aux usagers. À Strasbourg, les produits chimiques sont proscrits dans les jardins familiaux.

Produits chimiques : le nerf de la guerre

Certaines municipalités ont déjà franchi le cap. “Dès 1999, nous avons tourné la page pour aller vers une gestion écologique”, explique Philippe Croze, directeur des espaces verts de Montpellier. Depuis 4 ans, la ville n’utilise plus ni insecticides, ni fongicides, un état de fait qui tient notamment, selon Philippe Croze, à “des élus très réceptifs”, comme la maire et médecin Hélène Mandroux, sensible aux questions de santé. La réduction ou la suppression programmée des produits chimiques est le déclencheur d’autres pratiques. “Nous avons recours à la binette ou à des herses”, précise Frédéric Auneau, responsable du département “Espaces verts urbains” à Strasbourg, ville qui a stoppé tout désherbage chimique depuis 2008. Tout est fait manuellement. “Les agents passent plus de temps, du coup certaines zones ne sont fauchées qu’une fois dans l’année.”

 

La délicate question de l’eau

“Nous privilégions des plantes méditerranéennes peu exigeantes sur certains ronds-points et jardins”, explique Dominique Sarrailh, à Marseille. “Nos pluviomètres sont reliés à un système de coupure d’arrosage et nous préférons les prairies sèches aux gazons irrigués. De cette manière, la facture d’eau a été divisée par deux”, précise le Montpelliérain Philippe Croze. Les systèmes d’irrigation “goutte à goutte” sont majoritairement utilisés sur les ponts fleuris de Strasbourg. En outre, si l’arrêt des produits phytosanitaires préserve la santé humaine, la nappe phréatique aussi en bénéficie, sachant qu’à “certains endroits, elle n’est qu’à 5 ou 6 m de profondeur”, précise Frédéric Auneau à Strasbourg.

 

Des nouveaux labels

“La flore spontanée est plutôt bien acceptée en zones péri-urbaines, moins en centre-ville, dans les jardins classiques du 19e siècle, où les plantes de garrigue peuvent choquer”, explique Dominique Sarrailh, adjoint au directeur des espaces verts de Marseille. La plupart des villes font ce constat, d’où la nécessité de communiquer : manuels d’infos, numéro vert, expositions… La labellisation est aussi un moyen efficace d’expliquer et de justifier des pratiques, tout en valorisant des équipes qui ont dû se “re-former”. “C’est une concrétisation de nos démarches”, assure Dominique Sarrailh. Espaces Verts Écologiques (EVE®) de l’organisme certificateur Ecocert est le premier label, né en 2006. Il compte aujourd’hui 120 références, de la petite commune à la grande ville, en passant par un hôtel et deux forêts. Bordeaux l’a choisi pour 12 de ses parcs et jardins depuis 2010. “Pour être cohérents, les candidats doivent avoir une politique environnementale globale, au-delà des sites concernés”, précise Marc de Nale, en charge de la “gestion écologique des territoires” à Ecocert. Mais EVE® n’est plus seul. Le petit dernier, EcoJardin®, co-construit par une quinzaine de partenaires publics et privés (1) sortira au printemps prochain (voir encadré). “Même si nous estimons que notre ville a une démarche écologique, c’est rassurant que des labels exigeants le prouvent,”, estiment des Lillois, Christine et Dominique, qui “apprécient l’idée des herbes folles en ville.”

 

Déjà des effets positifs

“Les effets positifs se font déjà sentir”, assure Nicolas Rialan, à Paris, attestant le retour de poules d’eau, martins-pêcheurs, canards ou autres abeilles. Dans la capitale, 300 ruchers se portent à merveille, alors que d’autres, en campagne, sont mal en point. Aux portes du centre-ville de Nantes, une des plus grandes héronnières de France existe sur les berges de l’Erdre. “Entre 2000 et 2010, la ville a diminué de 85 % l’utilisation des “produits phytos”, seuls des cimetières et terrains de sport en reçoivent encore en faible quantité, c’est peu sur 1000 ha d’espaces verts”, précise Romaric Perrocheau, directeur du conservatoire de la biodiversité et du jardin des plantes. Les multiples cours d’eaux entretenus de manière écologique et ses 37 m2 d’espaces verts par habitant ont contribué à faire obtenir à Nantes le titre de capitale verte de l’Europe pour 2013.

 

Frédéric Ripoche

 

(1) Nantes, Rennes, Paris, Besançon, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Orléans, Groupe Pierre et Vacances Center Parcs, Plante et Cité…

 

À visiter

www.ecocert.fr/eve-espaces-verts-ecologiques

www.label-ecojardin.fr

www.plante-et-cite.fr

 

 

EcoJardin®, un label pour 2012 !

 “EcoJardin concerne tous types d’espaces verts pour peu qu’ils soient ouverts au public, explique Aurore Micand, ingénieur qui coordonne sa réalisation à Plante et Cité (Angers), structure d’ingénierie de la nature en ville pour les collectivités territoriales et les entreprises du secteur. L’initiative s’inscrit dans le sillage du Grenelle de l’environnement qui vise à réduire de 50 % les traitements chimiques via le plan Ecophyto 2018, mais il va beaucoup plus loin”. EcoJardin® comprend plus de 100 critères d’évaluation, dont 7 rédhibitoires (pas de sol nu, limitation des arrosages, aucun traitement chimique ou produit dangereux pour la faune auxiliaire et l’environnement, la bouillie bordelaise n’est pas autorisée…). Ceux qui souhaitent être labellisés (secteur public ou privé) seront audités par un organisme indépendant. Les autres pourront toujours utiliser le référentiel comme guide de bonnes pratiques et s’auto-évaluer.

 

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Rennes, la pionnière

Dès les années 1950, la capitale bretonne développe des zones vertes autour de l’habitat social, préfigurant les éco-quartiers. Moins d’une trentaine d’années plus tard, le directeur des espaces verts de l’époque, Jean Le Ruduler, met en place la “gestion différenciée”. Il s’agit d’appliquer des entretiens différents, selon l’usage et le lieu et parfois, sur un même site. Des prairies mâtinées de flores spontanées peuvent ainsi côtoyer des espaces plus “entretenus”. On s’oriente vers une gestion écologique, recourant aux plantes vivaces et endémiques et limitant les produits chimiques. Ces méthodes ont fait école, comme dans le parc dela Tête d’or à Lyon.

 


1 Réaction pour “Espaces verts : stop aux pesticides !”

  1. Desbois dit :

    Le mouvement est engagé, va dans la bonne direction au niveau des villes et municipalités. C'est ce qui se passe dans ma commune ds Yvelines ou les produits phyto-sanitaires ne sont pratiquement plus employés au profit d'autres techniques "douces". Mais bien que l'exemple vienne "d'en haut", je crois qu'il ne faut pas rêver ; les plus gros pollueurs et empoisonneurs sont notre propres concitoyens, jardiniers amateurs, qui continuent tranquillement avec la plus grande impunité et inconscience, d'utiliser massivement ces produits dangereux; il suffit d'aller dans une grande enseigne de jardinerie au printemps pour s'en rendre malheureusement compte. Quel scandale !!

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abo eb