Si l’Eurofeuille réunit sous son symbole une bio européenne, assujettie aux mêmes règles et contrôles, qu’en est-il des produits d’importation ?

Aujourd’hui dans le monde, neuf pays tiers bénéficient du régime d’équivalence, c’est-à-dire que leur réglementation nationale bio est reconnue comme équivalente à la réglementation européenne. C’est le cas de l’Argentine, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Suisse, l’Inde, Israël, le Costa-Rica, le Japon et la Tunisie. Tous ces pays possèdent ainsi des organismes certificateurs nationaux agréés et supervisés par les États.

Pour les autres pays, l’importateur doit déposer une demande auprès du ministère français de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Pêche. Celui-ci s’assure de la concordance des règles de production et de contrôle dans le pays tiers avec celles de l’Union européenne. De plus, l’exportateur du pays tiers doit fournir une déclaration de son organisme de contrôle, certifiant que ses exportations bio respectent les règles de l’agriculture bio sur l’ensemble de la filière. “Dans ces pays, comme le Maroc, qui ne profitent pas du système d’équivalence, on intervient sur place pour le compte de l’importateur”, témoigne Gilles Billon, chargé d’affaires Agriculture biologique à Qualité France (Bureau Veritas).

Vérifications et garde-fou

En outre, en arrivant en France, la marchandise est contrôlée par le service des douanes. De son côté, l’importateur effectue aussi ces vérifications à la réception de sa commande. D’après Ecocert, implanté dans 20 pays à travers ses filiales, “les fraudes ne sont pas plus liées à l’importation qu’aux achats en Europe, continent où sont réalisés les profits…”. Ces contrôles tous azimuts incitent les pays exportateurs à mieux se structurer afin de renforcer encore davantage la traçabilité des produits bio. “La forte demande des pays du Nord sensibilise les autorités de ces pays, comme l’Inde et Madagascar. Aujourd’hui, 62 pays ont instauré leur propre réglementation dont la plupart sur la base du règlement européen. 38 autres sont en cours de réalisation”, témoigne Ecocert. De plus, la montée en puissance du commerce équitable renforce les liens entre les opérateurs bio. Cette tendance freine encore les risques de dérapage. Le marché de la bio y trouve son meilleur garde-fou.

Gaëlle Poyade

Kalou Faustin Vomewor, producteur d’ananas bio au Togo

Agriculteur en zone montagneuse, au sud-ouest du Togo, Kalou Faustin Vomewor cultivait depuis 1985 du café et du manioc sans parvenir à en vivre. En 2001, il se met à produire de l’ananas bio pour l’export.

Comment s’organise votre activité ?

J’ai démarré tout petit et aujourd’hui je cultive 4 ha d’ananas bio pour l’export, ainsi que des légumes pour ma famille, manioc, maïs, igname… ou pour les marchés. Supprimer les produits chimiques dangereux pour la vie humaine, les animaux et l’environnement était ma motivation de départ. À force de persuasion, j’ai réussi à convaincre. Je préside aujourd’hui l’Union des groupements de producteurs des fruits et légumes bio de Blifou qui regroupe une centaine de petits producteurs.

Comment se passe l’export ?

Nous travaillons en confiance avec l’importateur de fruits et légumes bio français Pro-Natura. Les encadreurs de ProNatura West Africa sont avec nous quotidiennement, le directeur général vit sur place.

Quels sont les contrôles ?

Il y a d’abord des contrôles réciproques au sein du groupement, d’autres initiés par l’exportateur, ainsi que ceux d’Ecocert, l’organisme de certification bio. Celui-ci envoie tous les ans un inspecteur contrôler environ 75 % des parcelles, prises au hasard, de chaque producteur. Il regarde la tenue des documents, la conformité des traitements… Le coût de la certification est pris en charge par ProNatura West Africa.