A quel moment les compléments alimentaires sont-ils utiles ? Y a-t-il des risques à les choisir seul ? Qu’apporte un naturopathe ? Quels sont les avantages des compléments alimentaires bio ? Autant de questions qu’il est légitime de se poser face à des “remèdes santé” en libre-service.

La nourriture nous fournit tout ce dont nous avons besoin pour vivre en bonne santé. Manger en quantité suffisante et de manière équilibrée est le meilleur moyen d’appréhender la vie avec tonus. Et choisir des ingrédients bio pleins de nutriments et peu raffinés. Dans cette optique, certains aliments s’avèrent toutefois plus riches que d’autres et peuvent, à ce titre, être considérés comme des compléments alimentaires au sens large. C’est le cas de la gelée royale, du pollen, de la propolis, de la levure de bière, du germe de blé, des graines germées, des algues, des jus de légumes, des boissons lactofermentées, de l’huile de poisson… Les intégrer aux repas ou décider de cures ponctuelles aide à renforcer l’organisme.

Reste que, quand des carences ou des excès sont installés, les compléments alimentaires offrent le coup de pouce salvateur.

 

Aux dires de Claire Desvaux, conseillère en diététique chez Super Diet, la prescription de compléments alimentaires par les médecins conventionnels reste “timide”. L’affinité est plus évidente chez les homéopathes, les rhumatologues, les ostéopathes et bien sûr les naturopathes.

Mieux appréhender les changements
D’après une étude réalisée en 2006-2007 par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), plus de 20 % des adultes et plus de 10 % des enfants ont consommé un

complément alimentaire au cours de l’année. “Il s’agit en général de personnes qui ont le meilleur mode de vie”, analyse Claire Desvaux, naturopathe et conseillère chez Super Diet.

Les femmes, à partir de 30 ans, mais surtout vers 45-50 ans, au moment de la ménopause ou d’une baisse de forme, y trouvent une véritable aide.” La baisse immunitaire, accidentelle ou liée à l’âge, représente l’une des raisons principales à leur usage. Bruno Gaudin, kinésithérapeute, ostéopathe et naturopathe au Mans, s’est tourné vers les compléments alimentaires bio en raison d’un “parcours personnel de grand sportif – athlétisme, triathlon – et de malade – j’ai vécu 2 cancers. Je soigne des patients qui souffrent de maladies auto-immunes ou qui pratiquent des sports d’endurance engendrant de grosses fuites minérales, fer et magnésium.” D’autres circonstances : grossesse, choc émotionnel, vieillissement… peuvent être mieux appréhendées grâce à ces concentrés de nutriments. “On donne de plus en plus des “adaptogènes”, c’est-à-dire des plantes anti-stress ou des complexes à base de minéraux ou de vitamines qui permettent de mieux supporter les aléas familiaux et professionnels que la vie nous réserve”, observe Bruno Gaudin.

Autocomplémentation : prudence

Croire qu’on ne risque rien sous prétexte qu’il s’agit de plantes, est une idée reçue qu’il convient de combattre afin de ne pas en subir certains effets indésirables. Par exemple, la vigne rouge ou le goji sont fortement déconseillés chez les personnes qui prennent des anticoagulants car ces plantes sont fluidifiantes. Des problèmes de tyroïde seront aggravés lors d’une supplémentation iodée, à base d’algues ou de sérum de quinton hypertonique. “Une personne allergique à l’aspirine ne devra pas utiliser de reine-des-prés, surnommée l’aspirine végétale. De même, en cas d’hypertension, le ginseng est fortement déconseillé”, renchérit Claire Desvaux.

L’autoprescription n’est pas souhaitable, résume Bruno Gaudin en illustrant ses propos. L’aubépine et la valériane soignent un sommeil perturbé. Cependant, si la dose est inadaptée ou la prise faite au mauvais moment, cela peut ne pas fonctionner. De plus, certaines plantes ont des effets négatifs au bout d’un certain temps. L’aubier de tilleul est déminéralisant après un mois. Il n’est donc pas conseillé sur une longue période chez une femme approchant de la ménopause.”

 

 

Bien qu’il soit recommandé de ne pas les laisser à portée de main des enfants, quelques marques développent une offre adaptée aux juniors, parfois dès un an. Ils répondent en général à une baisse de tonus en journée ou un endormissement pénible le soir.

Peut-on tomber en surdose ?

On peut alors légitimement se demander si la prise d’un complément alimentaire ne pourrait pas déséquilibrer une alimentation somme toute correcte sur le plan nutritionnel. Or, il existe relativement peu de recherches portant sur la notion de surdose. Cependant, d’après le docteur Jean-Marc Bouzeran, “dans 2 études récentes, l’ingestion quotidienne de 30 ou 50 mg de bêta-carotène synthétique par des gros fumeurs s’est traduite, après 4 à 8 ans, par une augmentation significative du nombre de cancers du poumon. Les fumeurs devront donc éviter les supplémentations en bêta-carotène”.

Il est parfois difficile de s’y repérer sachant que les apports journaliers recommandés – les fameux AJR – changent d’année en année pour la même substance, voire d’un pays à l’autre !

Les vitamines A, D, E et K sont liposolubles, c’est-à-dire qu’une fois stockées, l’organisme ne peut plus éliminer le surplus. Or, un excès peut engendrer des troubles du système nerveux, oculaire ou bien des incohérences du mouvement.

Autre paramètre à prendre en compte, la multiplication de l’offre sur Internet ne réserve pas toujours de bonnes affaires. Le Syndicat des fabricants de produits naturels, diététiques et compléments alimentaires (Synadiet) attire l’attention des consommateurs sur des défauts de conformité au regard de la réglementation française. Méfiez-vous des prix cassés qui peuvent cacher des contrefaçons, et leur lot d’aléas pour la santé. D’où l’intérêt de choisir des marques qui ont pignon sur rue ou qui, vendues en pharmacie, magasins spécialisés, pourront être accompagnées d’un conseil éclairé.

 

Avantages des compléments bio

Les compléments alimentaires conventionnels présentent le risque de contenir des résidus de pesticides, cancérigènes ou mutagènes, ainsi que certaines substances allergisantes comme le dioxyde de titane. Des mauvais points qui motivent le naturopathe Bruno Gaudin à les conseiller en version bio. “Je recommande la vitamine C naturelle, via du germe de blé car, à la différence de celle de synthèse, elle peut être absorbée tous les jours sans occasionner aucun effet secondaire.” En effet, le caractère immédiatement biodisponible (1) de la vitamine C naturelle joue en sa faveur.

Les restrictions de la certification

t, du Synadiet, indique qu’elles peuvent par exemple “être isolées à partir de l’intestin d’un adulte en bonne santé”. Rappelons que ces bactéries ou levures sont très utiles à la digestion des fibres, stimulent le système immunitaire et préviennent ou traitent la diarrhée, occasionnées notamment suite à un traitement aux antibiotiques. Cependant, les probiotiques labellisés AB existent. Ils puisent, par exemple, à la surface de grains de blé sur lesquels vivent des bactéries lactiques très diversifiées et très riches. Implanté dans le Rhône, le laboratoire Dietaroma s’approvisionne auprès de minotiers bio du Forez, dans la Loire. “La majorité des probiotiques ne comprennent que 3 à 5 souches. Certes, résoudre un problème précis, par exemple une cystite, peut passer par une seule souche – à condition de choisir la bonne. Mais, pour rééquilibrer la flore intestinale, il faut plusieurs centaines de souches et d’une grande variété. Les grains de blé à partir desquels nous élaborons nos probiotiques sont un véritable écosystème !”, s’enthousiasme Arnaud de Saint-Trivier.

Les ressources marines, vivier de bienfaits, sont aussi couramment exclues de la certification parce que seule la pisciculture bio peut prétendre au logo AB. Exit alors de la labellisation les poissons sauvages, comme la morue et son huile de foie réputée, ainsi que tout autre poisson pélagique des mers froides à la teneur élevée en oméga 3. Les produits aquacoles, comme les huîtres, échappent aussi au label AB, ce qui explique pourquoi certains reminéralisants osseux à base de coquilles d’huîtres ne sont pas certifiés bio.

Et les capsules, gélules et autres enveloppes, en quelles matières sont-elles fabriquées ? À ce jour, le cahier des charges européen n’accorde la certification bio que pour les gélules en HPMC (hydroxy propyl méthyl cellulose). Cependant, elles ne font pas l’unanimité car “la cellulose végétale est transformée chimiquement pour lui donner une consistance plastique”, précise Claire Desvaux. C’est la raison pour laquelle certaines sociétés préfèrent renoncer au label AB et rester plus en phase avec les ressources naturelles bien qu’aucune ne soit parvenue à créer une capsule d’origine agricole bio. Aussi certains fabricants ont-ils opté pour la gélatine élaborée à partir de sous-produits piscicoles (peau et arrêtes de poissons). Mais, pour des raisons de prix, elle est rarement issue d’élevage bio.

Les contraintes de la bio

Ionisation, irradiation… autant de procédés qui sont interdits en bio. Approuvées par les fabricants, certaines de ces contraintes posent parfois de véritables casse-tête au moment de la mise au point d’un nouveau produit, surtout quant à sa conservation. “Certes, le sucre permet, dans certains cas, de jouer le rôle de conservateur, témoigne Caroline Legay, chef de service qualité et réglementation au groupe Léa Nature. Ceci dit, dans un complément alimentaire minceur, cela n’est ni crédible ni efficace. Aussi devons-nous parfois renoncer à une innovation faute de stabilité du produit”, conclut-elle.

Les fabricants doivent aussi faire preuve d’imagination pour pelliculer en toute légalité bio leurs comprimés. “Cette étape protège le comprimé, lui donne une plus jolie couleur et aide à la déglutition, explique Caroline Legay. Les matières classiquement utilisées en conventionnel sont prohibées en bio. Pour la gamme Floressance, nous avons trouvé un système certifié – mais que l’on garde secret – qui améliore la protection du comprimé et sa prise. Et tant pis pour la coloration qui nous est apparue secondaire”.

 

Exotique et tonique

Acérola, goji, noni… ont le vent en poupe. Ces végétaux en provenance d’Amazonie, d’Indonésie, ou de Chine savent jouer la carte exotique au détriment de productions européennes, sinon hexagonales. Emmanuel Cabanes, arboriculteur dans les Hautes-Alpes, le constate avec amertume. Depuis une dizaine d’années, il cultive dans la vallée de la Durance plusieurs variétés d’argousier, un arbre aux vertus nutritionnelles exceptionnelles, dont il tire jus, confiserie et compléments alimentaires (lire en encadré). Compte tenu d’une récolte compliquée, le prix de revient demeure élevé, ce qui nuit à sa diffusion. Pour animer commercialement sa gamme, l’arboriculteur a dû intégrer de la poudre d’acérola plus en vogue.

 

Gelée royale… chinoise

La France est un immense herbier vivant : mélisse, vigne rouge, menthe, romarin, thym, lavande, safran… y sont cultivées ou cueillies par des spécialistes. Mais la disponibilité de certaines productions est toute relative. Prenons l’exemple des produits de la ruche. En dépit d’un grand nombre d’apiculteurs dans l’Hexagone, les industriels peinent à dénicher propolis ou gelée royale d’origine française. “Le problème, en dehors du prix, c’est surtout le manque de disponibilité. Vu la demande forte des Français en miel, les apiculteurs préfèrent vendre en direct plutôt que de se compliquer la vie avec des réseaux moins bien connus”, explique Caroline Legay, du groupe Léa Nature.

Les plantes sont sélectionnées en fonction des vertus qu’elles renferment, la spiruline contre l’acné, les algues marines contre l’asthénie, la mélasse noire contre l’insomnie ou la nervosité… Pour communiquer sur leurs bienfaits, et mentionner sur l’étiquette telle ou telle allégation, diverses études – toxicologique, épidémiologique – sont obligatoires. Ainsi, il n’est pas surprenant qu’on en sache davantage sur les mérites du ginseng, fort réputé en Asie (lire en encadré), que sur une plante endémique mais rare des massifs pyrénéens. Cet aspect explique en partie le tropisme de certaines marques vers des ingrédients exotiques.

Un débat d’actualité

Si l’on souhaite mettre fin au débat engagé suite à l’étude Suvimax (lire en encadré), à partir de laquelle les spécialistes de la nutrition se livrent bataille, certains arguant que les compléments alimentaires sont indispensables à la prévention des risques tandis que d’autres les considèrent comme des pompiers au secours d’un régime désordonné, on peut reprendre la définition même du complément alimentaire. Comme son nom l’indique, il complète une alimentation qui, impérativement, doit se concevoir équilibrée. Laissons le mot de la fin à un agriculteur : “Au quotidien, il serait plus judicieux de consommer davantage de jus de fruits produits sur notre territoire, préconise Emmanuel Cabanes, qui fait éclore les baies d’argousier bio dans le Sud de la France. Ce serait aussi beaucoup moins onéreux pour l’utilisateur”. En somme, le complément alimentaire est d’un grand secours lors d’étapes physiques ou psychologiques difficiles. Mais, au moment d’y recourir, il ne faut pas hésiter à poser une loupe sur ses habitudes alimentaires afin de renouer avec… le plaisir d’une pomme juteuse ou les bienfaits d’un jus de pruneau !


Gaëlle Poyade

 

(1) La biodisponibilité désigne l’aptitude d’un élément nutritionnel à être véhiculé puis absorbé au niveau des membranes cellulaires intestinales des organismes vivants, sans subir de dégradation et gardant intacte sa fonctionnalité métabolique.

 

Un artisan de l’argousier en Provence

Petit-fils d’arboriculteur, Emmanuel Cabanes cultive 8 ha d’argousiers à Claret, dans les Hautes-Alpes. Cette culture expérimentale, il est quasiment le seul à la pratiquer en France, opérant un minutieux travail de sélection des variétés. Pourtant, dans les années 1960, les petites baies dorées faisaient des envieux chez de grandes marques de diététique et de cosmétiques engagées en faveur de l’agriculture bio. Pour les servir, agriculteurs et gens du voyage s’adonnaient alors à la cueillette sauvage dans les massifs alpins. “Mais ce temps est révolu”, constate Emmanuel Cabanes directement concurrencé par les importations roumaines ou tibétaines. Le prix est en effet un frein à sa commercialisation en France. “La récolte est très peu mécanisable ; le pédoncule du fruit est tellement résistant qu’il est impossible de cueillir à même l’arbre. Je dois couper des rameaux, les plonger dans un congélateur afin de dissocier les baies. Or, casser des branches pénalise la récolte de l’année suivante et les tonnages deviennent imprévisibles”, explique l’agriculteur qui ne baisse pour autant pas les bras, convaincu des bienfaits de cet arbrisseau. “Les variétés n’ont pas toutes les mêmes teneurs en vitamine C. La variété alpine en concentre 700 mg pour 100 g quand d’autres cultivars plafonnent à 200 mg !”, défend-il. Jus, pâte de fruit, calissons, savons à l’argousier et labellisés bio sont vendus sous la marque Natvit en magasins diététiques et pharmacie dans la région provençale. Docteur en biologie, Emmanuel Cabanes a également développé une gamme de compléments alimentaires pour profiter des fonctions antioxydantes de ces baies orangées et de leur effet énergétique.

Du ginseng dans son jardin

S’il y a une plante pour le tonus qui a acquis ses lettres de noblesse, c’est bien le ginseng. Ses vertus bienfaisantes sur le métabolisme, le système cérébral, la synthèse des protéines ainsi que contre les troubles de la tension artérielle, la fatigue, le diabète ont été démontrées. Originaire d’Asie, la plante semble n’être cultivée, en France, que par quelques jardiniers amateurs passionnés par cet “élixir de longue vie”. Dans les années 1990, une trentaine de producteurs, essentiellement dans l’Aisne, s’est pourtant lancée dans l’aventure. Hélas, l’expérience a tourné court, en raison de difficultés techniques et de débouchés incertains. Au même moment, Jean-Marie Blanvillian, à Ormes, dans le Loiret, découvre l’espèce Panax Ginseng CA Meyer – la seule inscrite à la pharmacopée française et européenne – qu’il transplante dans son jardin. À force de déconvenues, il développe une connaissance fine de cette plante qui se plaît sur des sols sains et légers, protégée du soleil par des ombrières. Aujourd’hui, Jean-Marie Blanvillian encourage d’autres mains vertes à intégrer cette plante à leurs jardins. Pour ce faire, il commercialise des graines prêtes à germer et des plants de 2 ou 3 ans. Mettant à profit son savoir-faire, il accompagne actuellement une jeune agricultrice de la Drome intéressée par cette production en bio.

Suvimax, une étude de référence

L’étude française Suvimax (SUppléments en VItamines et Minéraux AntioXydants), réalisée entre 1995 et 2003 sur plus de 13 000 personnes, a observé l’effet d’une supplémentation en vitamines et minéraux antioxydants (1). La conclusion est sans appel : consommer des fruits et légumes protège du cancer et fait baisser la mortalité. Particularité de l’étude, elle s’est faite à partir de taux qui pourraient être obtenus, de manière naturelle, avec une alimentation équilibrée et riche en fruits et légumes. Ainsi, 1 tomate, 100 g de fraises, 200 g de haricots verts, 1 poire, 200 g de melon apportent facilement les doses quotidiennes de bêta-carotène et de vitamine C qui ont été utilisées dans l’étude en question. C’est ce que le docteur Serge Hercberg, principal responsable de l’étude, a dès la parution clamé. En revanche, les compléments alimentaires sont d’un réel secours chez ceux qui consomment le moins d’antioxydants, à savoir la population masculine.

(1) Les résultats de l’étude sur http://www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/nutrition/poli_nutri123.doc.


À lire

Echobio n°9, Echobio n°13.