Depuis 2006, les distributeurs de produits bio en vrac, c’est-à-dire non emballés, sont soumis à un contrôle spécifique, quelle que soit la taille du magasin ou son orientation : gamme bio marginale ou engagement 100 % écolo.

Environ 2 000 magasins spécialisés vendent aujourd’hui en France des produits bio, diététiques ou naturels. Ces magasins dits “bio” peuvent vendre aussi des produits non certifiés, sauf charte interne express, comme celle du réseau Biocoop (lire en encadré). Dans tous les points de vente, en réseau ou indépendants, la distribution en vrac de céréales en colonnes de tirage, de fruits et légumes en libre-service, d’œufs vendus en plateaux, de fromage à la coupe… est passée au peigne fin quand le montant de ces denrées dépasse 10 000 euros d’achat par an. En dessous de ce seuil, le magasin est dispensé de contrôle, mais doit être néanmoins notifié, c’est-à-dire se déclarer auprès de l’Agence Bio. Dans la réalité, la grande majorité des magasins qui vendent en vrac doivent être contrôlés, car ce chiffre d’affaires est très vite atteint. Seules les boutiques n’offrant que du bio emballé ne sont pas soumises aux contraintes de contrôles et de notification.

En Grandes et moyennes surfaces (GMS), c’est différent. Le tout emballé prédomine, n’étant pas soumis aux contrôles. Pourtant, certaines enseignes proposent aussi du vrac. C’est le cas de Carrefour qui lance un rayon vrac et issu du commerce équitable, de marque Alter Eco, café, thé, sucre roux aux côtés de différentes sortes de riz, du quinoa, des noix de cajou, du müesli, des lentilles… Or, dans cet univers d’alimentation conventionnelle, la cohabitation n’est pas aisée à organiser. “Dans les années 1990, quand la bio a fait son entrée en supermarché, les fruits et légumes ont été mis en filet par souci de logistique et pour éviter tout risque de mélange, se remémore Gilles Billon, chargé d’affaires Agriculture biologique à Qualité France (Bureau Veritas). Aujourd’hui, les volumes sont plus importants et du coup, le vrac semble plus cohérent avec la bio, d’autant plus que les emballages suscitent de vives critiques”. Pour le pain bio, il est soit confectionné sur place, soit livré précuit et passé dans des terminaux de cuisson. En cas de réemballage, le magasin est contrôlé au titre de distributeur. S’il fabrique le produit lui-même, il est alors considéré comme un préparateur, un transformateur, avec les contrôles stricts adéquats.

Une procédure stricte

Le contrôle porte sur l’origine bio de ce qui est acheté, la mise en rayon (l’affichage bio ne doit concerner que la denrée bio, pas tout le rayon), la gestion du risque de mélange – les produits bio sont-ils suffisamment séparés du conventionnel ? Ainsi, l’attention se porte sur la séparation physique établie entre produits bio et non bio à toutes les étapes, du stockage à la fabrication avec, par exemple, en boulangerie-pâtisserie, des pétrins ou cuvettes spécifiques ou des procédures différentes de nettoyage des fours. “Certains produits sont identifiables visuellement, il n’y a pas de confusion possible, souligne Audrey Claisse, chargée de la communication pour Carrefour. Par exemple, la boule bio possède quatre incisions en carré et la galette des rois bio une pastille avec le logo AB.” Il reste à avoir l’œil aiguisé pour repérer le bio du reste !

Gaëlle Poyade


Olivier Mugler, gérant du magasin Canal Bio à Paris : “Double certification dans le réseau Biocoop

Quels contrôles sont effectués dans votre magasin ?

Notre activité est soumise à deux types de contrôle qui concernent le bio en vrac, pain, fromages, fruits et légumes, céréales, légumineuses, fruits secs, plats traiteurs… L’un est rendu obligatoire par la législation européenne, l’autre l’est par le réseau Biocoop. Celui-ci dispose d’une charte interne plus poussée que la réglementation officielle. Ainsi, l’organisme certificateur vérifie les deux cahiers des charges.

En quoi consiste cette charte Biocoop ?

Nous disposons d’un système d’étiquetage précis : vert pour les produits bio, blanc pour les produits non bio à 100 %, orange pour les produits maritimes… Ainsi, un complément alimentaire comportant des champignons ou plantes de cueillette sauvage non certifiés est affublé d’une étiquette blanche. C’est clair pour le consommateur. Le vin comportait une étiquette verte, mais il n’est pas “officiellement” bio – puisque seuls les raisins le sont et pas encore la vinification – et le contrôleur nous en a fait la remarque. L’échange est au cœur de notre relation. Par ailleurs, nous devons respecter certains ratios : 70 % au moins de notre chiffre d’affaires en alimentaire, et pas plus de 10 % en compléments alimentaires. En alimentation, 95 % des produits doivent être certifiés. Les fruits et légumes en 2e année de conversion sont indiqués très clairement. Notre démarche est locavore, privilégiant le marché le plus proche, français, sinon méditerranéen. Peu de fruits et légumes, hormis les fruits exotiques, sont importés, et jamais par avion, toujours par bateau.

Cette charte est-elle une contrainte de plus ?

Dans tous les magasins bio, la discipline et l’organisation sont indispensables. Chez Biocoop, nos contraintes internes nous facilitent cette gestion. De plus, 80 % des achats en moyenne se font auprès de la centrale Biocoop. Il reste 20 % d’achats directs pour lesquels nous devons nous-mêmes collecter les certificats des producteurs et leur renouvellement chaque année. Cela implique quand même une grande vigilance face à la multitude de petits apporteurs, un fromager en Ardèche, un viticulteur en Champagne, etc.

Quel est le coût de ces contrôles ?

Le contrôle de la charte interne est pris en charge par Biocoop par l’intermédiaire de notre cotisation. Le contrôle européen s’élève à 1 500 euros par an pour Canal Bio. Ce dernier devrait être supporté par l’État car la mise en marché de produits bio procure des bienfaits aux gens, à l’environnement, aux paysages, et favorise un emploi plus massif.