E19_Rep_1La production de pommes est la spécialité des arboriculteurs des Coteaux Nantais depuis 1943. La démarche bio y a été introduite à partir des années 1970, suivie 27 ans plus tard par la biodynamie. À force de recherche et d’expérience, les producteurs sont devenus une référence au niveau européen.

“Il faut être très observateur et bien connaître son végétal comme soi-même”, confie Robert Dugast, chef de culture. Ce passionné est à l’œuvre depuis près de 30 ans dans les vergers des Coteaux Nantais. Son rôle : faire triompher le fruit contre les aléas climatiques et les parasites, dans le respect de la nature et des méthodes biodynamiques. Six vergers totalisent plus de 90 hectares de terres, dont 65 sont arborés. La petite entité agricole des débuts, qui a démarré à Vertou près de Nantes, a beaucoup évolué. Pourtant, une constante demeure : la volonté de nourrir un travail de terrain, fait d’observation assidue et de connaissances techniques pointues, acquises par l’expérience. Ici sont cultivées 37 variétés de pommes et 7 de poires, auxquelles s’ajoutent des fraises, kiwis, prunes…, avec comme leitmotiv, la qualité. Les fruits invendables en frais sont transformés. Vinaigre, jus, compote ou purée composent une large gamme reconnue et appréciée.

E19_Rep2Équilibre et force du végétal

“Dans la nature, le sol, c’est la tête et l’arbre c’est l’estomac, résume Robert Dugast, en sillonnant un rang implanté en Pirouette, l’une des variétés les plus précoces, colorée, pleine d’arôme et juteuse en bouche. Si un sol est dénaturé, mal oxygéné, la plante ressent des problèmes. En stimulant ses défenses naturelles, notre objectif est de favoriser son équilibre dans son environnement.” Certifiés Demeter depuis 1997, les vergers sont conduits selon des techniques biodynamiques et les vers de terre sont devenus de véritables partenaires. “L’apport fait au sol est essentiellement du compost réalisé à base de résidus de pommes mis dans les parcelles entre novembre et décembre, explique Robert Dugast. L’arrivée des lombrics oxygène le sol. Les racines des arbres vont alors pouvoir descendre plus en profondeur, jusqu’à la roche mère, pour chercher les minéraux nécessaires. La qualité organoleptique du fruit en sera améliorée et le besoin d’irriguer plus faible.” Des préparations biodynamiques peuvent être ajoutées (humus, silice, quartz…) à plusieurs périodes de l’année en fonction du calendrier lunaire pour vivifier les sols et renforcer la vivacité des plantes. “Les arbres doivent parvenir à s’autogérer même si on les aide un peu”, ajoute le spécialiste. Une taille et un éclaircissage adéquats à des moments opportuns permettent également de gérer la vigueur et la productivité de l’arbre. “On crée, en quelque sorte, un dialogue entre l’homme et l’arbre, confie l’arboriculteur. Pour qu’il produise chaque année, il faut rechercher l’équilibre entre feuilles et fruits. Pour la pomme, 15 à 20 feuilles alimentent un fruit.”

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Robert Dugast, chef de culture devant les poires Angelys

Chaque verger regroupe plusieurs variétés. “Sur 15 hectares, on en compte une quinzaine, précise Robert Dugast. Elles sont plus ou moins sensibles à la tavelure ou attractives pour les insectes auxiliaires. Le but est de favoriser la biodiversité afin de limiter les problèmes.” Les coccinelles sont préférées aux insecticides bio pour réguler naturellement la présence des pucerons. On anticipe les tavelures (taches noires dues à un champignon) par des doses, les plus restreintes possibles, de soufre et de cuivre. Afin de mieux sécuriser les récoltes en fonction des perturbations (pluie, gel, grêle…), les six vergers sont disséminés dans la région nantaise. “Les petites unités sont privilégiées car elles préservent une ambiance familiale au sein des équipes”, précise Robert Dugast.

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Benoît Van Ossel, PDG des Coteaux Nantais, développe les ventes et les partenariats au niveau européen, valorisant la biodynamie.

Un nouveau verger, en cours d’élaboration sur 36 hectares à Remouillé, au sud de la Loire, est destiné à devenir un site pédagogique et de recherche (lire en encadré), planté de variétés conservatoires. Le site cumule les atouts naturels : implanté sur d’anciennes prairies, vierges de toutes traces de pesticides, il est situé sur une butte avec une pente exposée au sud. Bénéficiant de la proximité de la rivière Maine, le sol est composé de silice, sable et argile. “L’argile garde l’humidité au sol et la silice apporte les éléments nécessaires à une meilleure dureté du bois de l’arbre, qui sera ainsi moins sensible aux maladies”, assure le chef de cultures. Pour créer un nouveau verger, plusieurs paramètres doivent être pris en compte : outre la qualité du sol, l’inclinaison et l’orientation du terrain – idéalement nord-sud –, ainsi que la nature environnante, composée de haies ou bosquets, sont essentielles. Les points d’eau sont ici vivifiés par un brassage continu et purifié par un apport de basalt.

Le goût des pommes

Goldrush, Topaze, Idared, Dalinette, Elstar, Pilot ou Reinette des Coteaux, primeurs, demi-saisons ou tardives, les 37 variétés de pommes sont récoltées à maturité, de mi-août à mi-novembre. “Au-delà, la qualité décroît, les fruits sont moins goûteux, à cause d’un taux de pluviométrie plus important”, explique Robert Dugast. 75 % sont vendus en frais. “Le calibrage est strict pour proposer une qualité de fruits à couteau irréprochable”, assure Benoît Van Ossel, le PDG de l’entreprise. Pour valoriser les 25 % de fruits écartés, hors calibres, abîmés ou tachés, les Coteaux Nantais ont retenu la transformation dès les années 1980 à travers purées, compotes, confitures, gelées, jus (dont certains gazéifiés), cidres et vinaigres. “Les arômes fruités évoluent en fonction des variétés utilisées, explique Jérôme Tiffoin, responsable de cette activité. En début de saison, on utilise plutôt les Reinettes, Kent, Patte de loup, puis viennent les Golden, Grany ou Belle de Boscoop. La purée de pomme réalisée en septembre est différente de celle obtenue en mai.” Chaque variété a ses atouts : “par exemple, Goldrush est parfaite, juteuse et croquante, très sucrée, un peu acide et très aromatique. Mais si nous n’avions qu’elle, nous ne pourrions proposer qu’une seule saveur à l’année. Les peaux, riches en arômes, sont également incorporées, et constituent de véritables exhausteurs de goût naturel.” Grâce à cette multitude de variétés et à ce savoir-faire acquis au fil des ans, les fruits donnent ainsi le meilleur d’eux-mêmes.

Frédéric Ripoche

À visiter

www.coteaux-nantais.com

E19_Rep6Améliorer les variétés

Gérer les maladies du verger en bio et en biodynamie implique de toujours mieux connaître le fonctionnement de l’arbre dans son milieu. Améliorer les résistances des variétés et leur qualité est aussi une piste prometteuse. Les Coteaux Nantais, à l’origine d’un groupe de réflexion européen créé en 1996 et forts d’une vingtaine de producteurs, s’y intéressent de très près. En lien avec des pépiniéristes, des instituts de recherche en Europe et le groupe international Demeter, l’entreprise est très impliquée dans l’amélioration des techniques et des variétés.

Quelques chiffresE19_Rep3

-1943 : création des Coteaux Nantais

– 6 vergers, 95 hectares de potentiel

– Une soixantaine de salariés + une centaine de saisonniers aux récoltes

– 1850 tonnes de pommes par an, dont 1500 vendus en frais (37 variétés)

– 240 tonnes de poires/an (7 variétés)

– 850 t/an de pommes et poires transformés

– Autres productions (frais et transformation) : pêche de vigne, nectarine, prune, fraise, kiwi, coing et rhubarbe.

– partenariat avec des producteurs des Pays-de-la-Loire : 450 t vendus en frais ou transformés (marque Bio Loire Océan, Planet Bio, “La Bio je peux” de Biocoop).

-Vente : magasins spécialisés et grandes surfaces, salons, marchés locaux, jardineries (Botanic)

-CA (2009) : 8,8 millions d’euros, dont 14 % à l’export (Bénélux, Angleterre, Allemagne, Pays scandinaves)

– 17 % de croissance/an

– Juin 2009 : 2500 m2 d’espace au Min de Nantes