Place aux délires délicieux !

Haut lieu artistique, le jardin se met en scène au travers de nombreuses manifestations, tissant un lien subtil entre les cultures et la culture. Au Domaine de Chaumont-sur-Loire, le Festival international des jardins rivalise d’ingéniosité à l’occasion de ses vingt ans.

Innovation scientifique et extravagance botanique sont au rendez-vous de l’édition 2012 baptisée “Jardin des délices, Jardins des délires”. Trente projets d’exception verront le jour en avril afin d’étonner le public jusqu’en octobre : topiaires extraordinaires, fabriques et folies contemporaines, féeries vertes, jungles de poche, jeux d’eau, plantes prodigieuses, légumes ou fruits phénoménaux… Parmi ces créations en germination, saluons l’onirique “Jardin bleu” (The Smoke Blue Garden) qui nous emmène au Pays des merveilles, sur les pas d’Alice…. Avant un petit détour au “Potager”, attardons-nous dans les “Coulisses d’un festin” pour une ivresse légumière et une overdose sucrée : artichauts et poireaux géants, citrouilles magiques, blettes et folles calebasses, insoupçonnables poires de terre et céleris-raves.

Aux petits oignons avec Alain Passard
Créateur exigeant et passionné, Alain Passard est cette année le président du jury de ce concours. Le chef étoilé, propriétaire du restaurant L’Arpège à Paris, redonne aux légumes une place de choix : “Je veux faire du légume un grand cru : que l’on parle de la carotte ou de la betterave comme d’un Chardonnay ou d’un Cabernet-Franc”, déclare-t-il. Une ambition qui commence au champ avec trois potagers bio s’étendant sur 4 hectares. Et l’envie de marquer ces productions d’une véritable empreinte du terroir : du sable dans la Sarthe pour les carottes, les asperges et les poireaux ; de l’argile dans l’Eure pour le céleri-rave et le chou et des alluvions dans la Manche pour les aromates.
C’est donc sous ce patronage gourmand que le Festival international des jardins promet de belles surprises. Rendez-vous au printemps pour en percer tous les secrets.

Gaëlle Poyade

Trois questions à Chantal Colleu-Dumond, directrice du Domaine de Chaumont-sur-Loire

Quelle est la dimension écologique du Domaine de Chaumont ?
On essaie d’avoir un comportement écologique exemplaire : recyclage des végétaux – ils sont mis en serre et réutilisés l’année suivante –, compostage, paillage à partir de nos propres élagages, désherbage thermique, arrosage nocturne en goutte-à-goutte… On limite également le passage des machines polluantes, et on n’utilise que des produits de jardinage certifiés bio.
La nouveauté, cette année, c’est un parc de 10 hectares dessiné par le paysagiste Louis Bennech. Celui-ci l’a conçu pour minimiser l’entretien, remplaçant des tontes par de la fauche par exemple. Cette extension au Domaine s’inscrit donc dans notre démarche écologique.

Quelle place accordez-vous aux plantes nourricières ?
En 2009, nous avons mis en place un potager bio grâce aux conseils précieux d’un agriculteur bio spécialisé en légumes anciens et de la ferme de Sainte-Marthe qui multiplie des semences bio. Sur cet espace expérimental de 500 m2, on découvre des panais, des poires de terre, des amandes de terre ou encore des oignons-caramboles ! Une diversité incroyable que nous voulons promouvoir auprès de nos 370 000 visiteurs par an. Et des enfants puisqu’environ 20 000 sont accueillis lors d’ateliers de sensibilisation à la nature.

Pourquoi avoir choisi le chef cuisinier Alain Passard comme président du 21e Festival international des Jardins ?
Avec le thème “Jardin des délices, Jardin des délires”, on s’est dit qu’il serait l’homme de la situation. Après avoir été le plus grand rôtissier de France, il s’est pris de passion pour les légumes qu’il cuisine avec talent et originalité. Or, le festival 2012 accorde une place extrêmement importante au goût et à la gastronomie.

Propos recueillis par Gaëlle Poyade