“ Vous avez besoin de légumes, ils ont besoin de travail, ensemble cultivons la solidarité”, tel est le slogan du Réseau Cocagne.

“ Vous avez besoin de légumes, ils ont besoin de travail, ensemble cultivons la solidarité”, tel est le slogan du Réseau Cocagne.

 

Initiateur en France du principe des paniers de légumes bio il y a plus de vingt ans, le Réseau d’insertion Cocagne – 120 jardins à ce jour – expérimente de nouvelles voies pour continuer une aventure sociale, écologique et économique. Chez les Amis du Jardin, dans les Côtes d’Armor, c’est le jour de la distribution

 

“Tiens, une larve de coccinelle, on les aime bien ici”, fait remarquer Édouard Leboeuf, encadrant maraîcher, tout en arrachant des herbes indésirables. À Léhon, près de Dinan, au Jardin de Cocagne Les Amis du Jardin, une dizaine de personnes s’affaire au désherbage manuel autour des panais, en début de pousse. Il y a des adhérents consommateurs venus donner “un coup de main”, des maraîchers et des “jardiniers”. C’est ainsi que l’on nomme les personnes orientées ici par les structures sociales. La brume a laissé la place au soleil. Il va faire chaud en ce mardi 16 juillet, qui est aussi un jour de distribution de paniers. Au local de vente, Annie, une des jardinières, accueille les premiers adhérents. Ils sont 340 inscrits à prendre une part ou une demie part de légumes chaque semaine. “Une des plus belles unités panier de la région”, confie fièrement Marie-Hélène Guitton, la directrice du lieu.

 

Genèse de l’aventure

Le premier jardin est né en Franche-Comté en 1991, région d’où est issu l’éducateur Jean-Guy Henckel, fondateur du réseau “L’idée était d’avoir un support de production pour des agriculteurs en difficultés et d’autres publics, mais trouver une ferme pour produire du lait s’est avéré trop difficile”, raconte-t-il. Le regard s’est tourné vers les circuits courts japonais, les teikei et, plus proche, une expérience maraîchère à Genève. “Semer une petite graine qui devient une plante est très structurant et nous avons compris que c’était le terreau idéal pour notre projet d’insertion”, ajoute Jean-Guy Henckel. Sans qu’il ne comporte de volet social, le jardin helvète séduit aussi par son nom, “Jardin de Cocagne”. Il est alors repris pour créer le premier jardin collectif à vocation d’insertion à Chalezeule, près de Besançon. L’initiative essaime en France, d’où la création du réseau Cocagne en 1999.

 

Pourquoi la bio ?

“Nous voulions les trois piliers, écologique, économique et social et le choix de la bio était très pertinent pour tout cela ; les producteurs bio ont fait aussi partie de nos premiers soutiens”, affirme Jean-Guy Henckel. “La bio est une des composantes, avec tout un tas de valeurs qui nous correspondent, confirme Marie-Hélène Guitton, à Dinan. Le respect de son environnement tient dans la manière de produire, du coup c’est aussi le respect de sa propre vie. De plus, la bio est une façon de valoriser les jardiniers qui ont le sentiment d’œuvrer pour la santé des adhérents. Le fait d’être certifié est donc aussi très important, cela permet de ne pas être dans le bla bla”.

 

Les adhérents consommateurs sont un des maillons de la chaîne économique des jardins de Cocagne.

Les adhérents consommateurs sont un des maillons de la chaîne économique des jardins de Cocagne.

Retrouver confiance

“Je m’occupe de la serre de semis, quand ça germe, c’est nickel”, s’enthousiasme Radouane qui maîtrise désormais la rotation des cultures et les engins agricoles. Déjà doté d’une expérience en maraîchage, le passage par le jardin depuis 1 an a révélé un choix, celui de s’installer comme maraîcher bio. Bruno, lui, n’avait aucune expérience dans ce domaine. “Je ne savais pas si cela me plairait, mais tout compte fait on apprend pas mal de choses ; c’est le moyen pour moi de me stabiliser et me recentrer dans la vie professionnelle, confie ce menuisier charpentier qui espère bien faire des stages dans sa branche. Le réseau Cocagne permet en effet des liens rapprochés avec le monde de l’entreprise afin de favoriser un retour à l’emploi dans tous types de métiers. “J’ai été plusieurs années sans travail, et là je reprends confiance en moi, confie Christina. Le jardin a mis en évidence des qualités que je ne soupçonnais pas. J’appréhendais le magasin et la vente, mais finalement c’est ce que je préfère”.

 

Adhérer, un vrai choix

“Votre nom s’il vous plaît, voilà de beaux légumes”, dit Annie, en parcourant la liste des adhérents qui forment une petite file d’attente. Tomates, fèves, aubergines, potirons ou courgettes s’entremêlent dans les paniers. Valérie Maurice attend le sien. “J’adhère à la saisonnalité des produits, la bio et le travail de réinsertion, estime-t-elle. Certes, en hiver on souhaiterait avoir moins de choux, mais on joue le jeu. L’idée est de créer avec ce que l’on a”. “J’ai connu ce lieu par d’autres adhérents et j’ai choisi d’y venir d’abord pour son rôle d’insertion mais, après 6 mois, j’apprécie d’autant plus la qualité des produits, précise Michel Hamon. J’ai redécouvert les panais ou les navets et les recettes qui vont avec. En plus, un chef cuisinier vient ici donner des cours”. “Ça me convient tout à fait, c’est un partage ; j’essaie de venir donner un coup de main”, confie Maryvonne Vallée, adhérente depuis plusieurs années.

 

Avancer en gardant ses valeurs

Si le Réseau Cocagne a été le premier à développer le principe des paniers, il est désormais sous haute concurrence. “Nous sommes impactés commercialement, disons que tout a changé autour de nous ; on voit de nouvelles formes de pauvreté et sur le plan social les pouvoirs publics nous financent moins car il y a moins d’argent, avoue Jean-Guy Henckel. Nous devons donc être capables de nous transformer, comme se rapprocher d’entreprises engagées vers la responsabilité sociétale”. Le réseau teste de nouvelles formules étiquetées Cocagne Innovation (lire en encadré). Le jardin du Limon à Vauhallan, en région parisienne, est emblématique. Futur siège du réseau Cocagne, il devient un lieu de rencontres nationales. Production à plus grande échelle et restauration d’entreprise sont également au menu. L’idée est de trouver de nouveaux débouchés, en particulier vers la restauration collective bio, tout en maintenant les valeurs fondamentales autour de l’insertion. En septembre démarre ici la première formation longue (1 an) pour de futurs salariés dotés d’un bagage agricole. “On peut être bon en bio, mais il faut l’être aussi dans l’encadrement particulier qui est le nôtre”, précise Jean-Guy Henckel. D’autant plus que le réseau Cocagne reçoit en moyenne 250 demandes par an de porteurs de projets collectifs souhaitant intégrer le réseau.

Frédéric Ripoche

 

À visiter :

 

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Jean-Guy Henckel, fondateur et directeur du Réseau Cocagne.

Jean-Guy Henckel, fondateur et directeur du Réseau Cocagne.

Le réseau Cocagne en chiffres

120 jardins et 20 autres en projets

700 salariés

1500 bénévoles

20000 familles adhérentes

4000 personnes suivies en 2012

 

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Recherche et innovation

C’est le cas à Dinan, qui évalue la mise en place d’un jardin d’une vingtaine d’hectares mêlant des maraîchers bio désireux de s’installer et un public en contrat d’insertion, dont les débouchés commerciaux devraient être la restauration collective. En Pays-de-la-Loire, entre Saumur et Nantes, l’initiative des Paniers bio solidaires est déjà en activité avec la création de deux plateformes logistiques de distribution de paniers regroupant deux jardins de Cocagne et un réseau de producteurs. Fleurs de Cocagne est une autre initiative prometteuse, testée par l’association Semailles à Avignon, en produisant des fleurs bio, locales et solidaires avec des personnes éloignées de l’emploi.

 

 

 

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