On le sait tous, la ressource maritime, longtemps considérée inépuisable, est menacée. Ainsi, outre l’essor de l’aquaculture, solution pour réduire la pêche, nombreuses sont les initiatives, internationales ou locales, soucieuses d’améliorer les pratiques de pêche.

Marine Stewardship Council MSCCertaines espèces s’amenuisent, la biodiversité marine dans sa globalité s’appauvrit, les filières sont fragilisées et les pêcheurs voient leur situation se précariser. De leur côté, les citoyens ont parfois une image dégradée des pratiques de pêche, jugées peu respectueuses quand elles ne sont pas illégales. Pour inverser la tendance, voici quelques exemples d’initiatives à connaître.

MSC, le label qui monte

Né d’un partenariat entre WWF et Unilever, Marine Stewardship Council (MSC) est une organisation londonienne indépendante qui met en place des systèmes durables pour enrayer le problème de la surpêche. Pour cela, elle travaille au niveau de la pêcherie, c’est-à-dire un groupement de pêcheurs qui utilisent à peu près le même système de pêche, évoluent dans le même périmètre et capturent la même espèce. Être estampillé MSC implique le respect d’un cahier des charges basé sur 3 grands principes. D’abord, évaluer le stock de poissons pour vérifier que la ressource ne s’épuise pas. Cette mesure s’effectue assez facilement aujourd’hui sur une zone donnée. Ensuite, examiner l’impact de la pêche sur tout l’écosystème marin : les autres poissons, les oiseaux et habitats… et le minimiser. Enfin, la pêcherie doit maintenir sa viabilité. La certification est ensuite confiée à des organismes indépendants, à la différence d’autres démarches pêche durable comme Friend of the See qui réalise le travail de contrôle en interne.

Une démarche vertueuse

Alors que les étiquettes “pêches durables” fleurissent tous azimuts, Richard Barbé, de l’entreprise bretonne Chancerelle dont la gamme Phare d’Eckmühl est dédiée et distribuée en magasins bio, considère l’agrément MSC vertueux : “Au regard des autres labels que nous avons étudiés, nous lui faisons confiance car il nous paraît le plus solide. Il a l’avantage d’être international, une dimension évidente lorsqu’on se préoccupe des fonds marins. De plus, il est soutenu par WWF et Greenpeace et certifié par un organisme indépendant”. Michèle Stark de l’organisme de contrôle international IMO le confirme : “dans un contexte où la pêche durable prend son essor, MSC apparaît pour beaucoup comme le meilleur label”. Pourtant, difficile d’y voir clair, surtout pour le consommateur. Car le marketing occulte parfois les actions concrètes : les entreprises importantes de la filière et les distributeurs ont tendance à s’en tenir à la qualité sans prendre en compte l’aspect social ou durable. Ainsi, fin 2010, MSC a été vertement mis en cause, notamment par des chercheurs canadiens qui ont dénoncé son “laxisme et inefficacité”. Certaines pêcheries l’arborant seraient en train d’épuiser la ressource. Ainsi, les stocks de colin d’Alaska, certifiés MSC dès 2005, auraient fondu comme neige au soleil ! Ces chercheurs réclament une remise à plat du système MSC et plus de scientifiques dans la démarche. Conscient de cet écueil, Richard Barbé admet qu’il faut du temps pour avancer. Mais refuser certains types de pêcheries serait pire, avec des conséquences sociales désastreuses, sachant qu’une grande partie de celles qui pillent aujourd’hui les mers se situe dans les pays pauvres.

Les pêcheries certifiées MSC génèrent 4 millions de tonnes de poissons et fruits de mer soit 7 % du total des captures sauvages évaluées par la FAO à l’échelle de la planète. La certification se retrouve sur plus de 2 500 produits. Les consommateurs français, eux, connaissent encore peu ce sigle pourtant de plus en plus présent en Europe. Les pêcheries de l’Hexagone traînent encore du pied pour s’y mettre ! L’entreprise Euronor de Boulogne-sur-Mer, spécialiste du lieu noir, a été la première à décrocher sa certification MSC ; la sardine de Bolinche a aussi obtenu le précieux sésame. D’autres sont en cours. De son côté, Chancerelle a mis la barre haut en associant bio et durable avec des conserves de poissons sauvages certifiés MSC (thon, maquereau, saumon d’Alaska, sardine) et cuisinées avec des ingrédients bio (aromates, huile d’olive…).

Les Paniers de la Mer : une démarche solidaire

Qui dit durable dit valoriser la ressource sans gaspiller, mais aussi prendre en compte l’aspect social, c’est-à-dire les conditions de vie des hommes et des femmes. Sur ces deux points, les Paniers de la Mer ont parfaitement réussi. L’initiative vient du président de la Banque alimentaire du Finistère, constatant que la chaîne de soutien à l’alimentation des plus démunis manquait de poisson malgré tout son intérêt nutritionnel. D’un autre côté, les criées françaises détruisaient ou, au mieux, recyclaient en farine des stocks de poissons pourtant destinés à la consommation humaine. C’est la pratique du “retrait” : pour limiter la chute du prix d’achat du poisson, des volumes sont retirés du marché. Les patrons pêcheurs, souvent de petites structures, reçoivent une compensation de la Communauté Européenne.

C’est ainsi que ce projet, unique en France, a démarré au Guilvinec en 1997. 500 tonnes de poisson invendus par an sont récupérés et transformés, mis en filets, congelés… avant d’être acheminés dans toute la France, vers les banques alimentaires, le Secours Populaire, les épiceries solidaires du réseau Andes et un peu les Restos du Cœur. Les personnes démunies profitent ainsi de poissons de qualité, bien présentés et appétissants, elles qui sont plutôt habituées à recevoir, lors des distributions, des viandes des pays de l’est, ou du tilapia du bout du monde. Elles peuvent ainsi apprécier d’autres poissons que les saumons ou crevettes, actuellement les plus consommés. La dimension d’éducation populaire est réelle, dans un “marché de la précarité”, hélas en pleine croissance.

La voie de l’insertion

Les Paniers de la Mer sont également des structures associatives d’insertion par l’activité économique : ses employés, en grandes difficultés professionnelles, sont ainsi formés aux métiers de cette filière mareyage en manque de main-d’œuvre qualifiée. Les Paniers de la Mer les accompagnent jusque dans la recherche d’emploi. Hélène Rochet, directrice de la Fédération des Paniers, admet que “le métier d’ouvrier de marée est difficile, mais pour quelqu’un de 50 ans passés, habitué à se servir de ses mains comme menuisier ou cordonnier, c’est faisable. Après 6 mois, éventuellement renouvelés, les personnes sortent avec une vraie qualification voire un certificat de compétences, un CQP ou un CAP, clés pour retrouver un emploi localement”.

Il existe aujourd’hui 5 sites des Paniers de la Mer employant une centaine de personnes : St-Guénolé, Boulogne-sur-Mer, La Rochelle, Lorient, St-Malo. Deux sont en projet à St-Nazaire et dans l’Hérault. Et il reste encore à faire, sachant que 3000 tonnes de poissons sont récupérables sur l’ensemble des côtes françaises. L’initiative est directement soutenue par le ministère des Solidarités et de la Cohésion Sociale, la Direction du Travail et de nombreux autres partenaires.

L’objectif est aujourd’hui d’installer les Paniers de la Mer sur des zones fonctionnelles au point de vue de la logistique. Hélène Rochet réfléchit à l’avenir : “Il nous faut anticiper la disparition du dispositif de retrait et réfléchir à des solutions afin de maintenir notre activité d’insertion en lien avec les patrons pêcheurs dont l’avenir n’est pas non plus assuré”. À plus court terme, elle prévoit de proposer des soupes de poisson toutes prêtes aux personnes vivant dans la rue. “Il s’agit de les faire attractives. On espère qu’au retour à une vie plus normale, ces personnes garderont l’habitude de manger du poisson”, insiste Hélène Rochet.

Martine Cosserat

Perche du Nil sur le lac Victoria : vers la fin du cauchemar

Qui ne se souvient du terrifiant documentaire Le cauchemar de Darwin, diffusé en 2005 ? Des stocks de poissons surexploités et des conditions de vie déplorables des pêcheurs prouvaient l’ampleur du désastre écologique et humain dans cette partie de la Tanzanie. Depuis, l’association allemande Naturland, pionnière en matière de cahier des charges aquaculture bio, s’est mobilisée et a lancé un ambitieux programme afin de préserver cette ressource cruciale pour les populations tout en assurant des conditions équitables de travail pour les employés de la chaîne industrielle, entre les pêcheurs et les compagnies exportatrices, la transparence des prix, des mesures de sécurité comme les gilets de sauvetage, des écoles et garderies dans les villages…

Pour compléter cette enquête, consultez le dossier“Le poisson bio a la pêche” publié dans Echobio n°10 en mars-avril 2008 sur www.echobio.fr (onglet Dossier)