Les relais locaux interviennent dans le processus de mise en œuvre des projets (groupements de producteurs bio, Civam, chambres d’agriculture…).

Partout dans l’Hexagone, les communes se mobilisent pour aider des maraîchers bio à s’implanter, favorisant ainsi un approvisionnement local en légumes frais et sains. Le rôle des élus, sensibles aux questions d’environnement et de santé, est primordial dans ce processus de relocalisation.

 

Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes, a créé sa régie municipale agricole bio. Hantay, dans le Nord, installe un maraîcher bio pour alimenter une Amap. Lingreville, en Basse-Normandie, refonde une dynamique locale en bio. Existe-t-il une région qui n’ait pas ses projets d’installation, en réflexion ou en cours d’élaboration, motivés par des collectivités ? La volonté politique de quelques élus est l’étincelle qui déclenche ces initiatives. “Nous sommes de plus en plus sollicités par les collectivités locales”, constate Sophie Lejeune, animatrice à l’association Terre de liens pour l’acquisition de terres en bio. En effet, la chasse au foncier est bel et bien le souci numéro un.

 

Une question de sensibilité

“J’ai hérité d’une “culture” de jardin ouvrier par mes parents qui m’ont appris à manger des légumes sains, confie Désirée Duhem, maire de Hantay, commune de près de 1 000 habitants, au sud de Lille. En 2004, l’élue rencontre un maraîcher bio, désireux de s’installer mais qui ne trouve pas de terre. “À l’époque, je ne pensais pas qu’on pouvait se heurter à de tels obstacles. Cela m’a permis de mieux connaître les problématiques du monde agricole. Enfin, en 2007, nous avons pu lui proposer une surface de près d’1,2 hectare pour créer une Amap. Les autres élus étaient d’accord, très motivés par ce service de proximité.” Pour la mise en œuvre, la commune a modifié son Plan local d’urbanisme (PLU), en réaffectant une réserve foncière à l’usage agricole. Aujourd’hui, elle installe un second maraîcher pour approvisionner notamment la cantine en légumes bio. “Je réfléchis à recréer une régie municipale et à passer au 100 % bio”, précise Mme la maire, plus que jamais convaincue de l’intérêt de cette initiative.

 

Romuald Botte, maraîcher bio à Hantay (Nord), s’est installé en 2007 grâce à la mairie.

Du bio, oui, mais local

“Pourquoi importer des fraises d’Argentine alors qu’on les produit ici ?”, estime Michel Vaillant, adjoint à l’environnement à Saint-Lubin-des-Joncherets, à l’ouest de Dreux. “Parce qu’il y a un besoin en légumes bio”, cette commune de 4 500 habitants propose près de 8 hectares de terres à qui souhaiterait en faire pousser. Effet de crise, effet Grenelle, les élus veulent de la proximité. “L’idée d’installer des maraîchers bio chemine parmi les élus, dans la continuité de l’introduction du bio en restauration collective”, constate Sophie Rosblack, de l’Association des producteurs bio picards (ABP). Nicolas Wisser le sait bien. Maire de Bioussac dans les Charentes, il est aussi maraîcher bio depuis 20 ans. “Soutenir la relocalisation en bio, c’est garantir un revenu au producteur et assurer une agriculture locale de qualité”, affirme-t-il. Il a ainsi proposé à la communauté de communes de Ruffec de mettre des surfaces à disposition de maraîchers bio pour alimenter la restauration collective et créer des emplois.

 

Une politique globale

Développement économique local, frein à l’urbanisation galopante, vertus pédagogiques, environnementales et sociales, Jean-Luc Fontaine, le maire d’Yvré-l’Evêque dans la Sarthe, y croit. La commune vient d’acquérir une exploitation maraîchère de 4 hectares, confiée en gestion à une entreprise d’insertion des personnes handicapées, spécialisée en production maraîchère bio. “Ce projet est en symbiose avec notre Agenda 21, en conservant notre dernière structure maraîchère, et de plus, en bio ; c’est une très bonne nouvelle pour les producteurs qui ne trouvaient pas de repreneurs”, se réjouit-il. Les légumes vont alimenter la cantine de l’école, reprise en régie en 2008 et une part de la surface satisfait les attentes des habitants en jardins familiaux. Même volonté à Lingreville, dans la Manche où une couveuse en maraîchage bio est en marche. “On a vu que ça fonctionnait en Ile-de-France… Alors faire venir des jeunes ici recrée une dynamique sur la filière maraîchage qui dépérit. Favoriser la bio est cohérent avec les enjeux actuels”, explique Xavier Jacquet, adjoint au maire.

 

Préserver la qualité de l’eau

Pour protéger sa ressource en eau des risques de pollutions, la communauté d’agglomération Seine Eure en Haute-Normandie fait convertir 110 hectaresen bio, dont 30 dédiés au maraîchage. “La question de l’eau, c’est le point d’entrée cher aux élus”, confirme Nathalie Lacaze, chargée du projet à la communauté d’agglo. 3 maraîchers sont en cours d’installation (sur 7 prévus), accompagnés par le Groupement des producteurs bio régional (Grab HN). En Poitou-Charente, une démarche “terre saine” est engagée depuis 2004. La Rochelle a remis une trentaine d’hectares de terres à des producteurs bio, mais pas forcément en maraîchage. “Ce n’est pas toujours possible, tout dépend de la nature des sols ou de l’accès à l’eau”, précise Alain Bucherie, adjoint au maire. Dans ce secteur prisé, la pression foncière est aussi un frein.

 

Des leviers avec Terre de liens

“Nous recevons beaucoup de demandes d’élus pour savoir comment faire, constate Sophie Lejeune, à la structure foncière de Terre de Liens, qui s’appuie sur l’actionnariat et l’épargne solidaire. On peut acquérir des terres, bâtiments, maisons d’habitations et les proposer sous formes de baux aux collectivités et producteurs. Il y a des exemples comme Lacapelle-Cabanac dans le Lot ou Bourgoin-Jallieu en Isère, où des maraîchers bio sont installés selon différents montages mis en place avec les collectivités. L’essentiel est que chaque acteur soit impliqué”. Le domaine dela Grange des prés à Barjac (Gard) est une ancienne ferme acquise par Terre de liens en partenariat avec la commune pour y installer 6 producteurs (9 hectares de ce domaine seront cultivés en maraîchage). Terre de liens crée actuellement sa fondation. Désormais les collectivités pourront lui faire des dons, en nature ou en numéraire, ce qu’elles ne pouvaient faire avecla Foncière ; un pas de plus pour affirmer son soutien à une agriculture bio et locale.

 

 

Frédéric Ripoche

 

L’exemple de Mouans-Sartoux

Dans cette ville de 10 300 habitants, le respect de la santé et de l’environnement est une volonté forte des élus. Les repas des cantines sont aujourd’hui tout bio, après un démarrage progressif. Seul bémol, aucun maraîcher du cru n’a répondu aux marchés proposés. “Ici l’agriculture est sinistrée, grignotée par le béton, et les quelques maraîchers existants ont suffisamment de débouchés en Amap”, explique Gilles Pérole, adjoint délégué à l’enfance et à l’éducation, en charge de la restauration scolaire. Du coup, la ville, qui gère elle-même tous ses services, a mis en place sa régie agricole en maraîchage bio et embauché un maraîcher. “C’est une personne qualifiée, avec une expérience en bio et qui adhère à nos valeurs”, précise l’élu. 10 tonnes de légumes ont été produites en 2011. Le double est prévu cette année et d’ici 2013, la cantine devrait pouvoir être autonome. Pour ce faire, la ville a acheté une propriété de 4 hectares avant qu’elle ne soit “absorbée par un promoteur”. Le volet pédagogique est aussi un point essentiel. “Les enfants des écoles suivent l’avancée des cultures avec leurs enseignants, plantent et récoltent”, souligne Gilles Pérole. L’élu intervient dans des conférences pour relater de l’expérience de sa ville.